Portrait de maître Shozo Awazu en judogi, 9e dan du Kôdôkan et l'un des pères du judo français

Il était venu pour un an. Il est resté soixante-six. Arrivé à Marseille en 1950 après vingt-huit jours de bateau, le jeune Shozo Awazu ne pensait épauler le maître Kawaishi que le temps d'une saison avant de rentrer au Japon. Il ne repartira jamais vraiment, et deviendra l'un des piliers du judo français. Spécialiste des arts martiaux à Toulouse depuis 1996, on mesure chaque jour ce que le judo pratiqué en France doit à cet homme discret : une bonne partie de son âme.

Voici le portrait de Shozo Awazu, dernier grand maître japonais du judo français, dans la lignée directe de Jigoro Kano.

Shozo Awazu en quelques repères

Shozo Awazu naît le 18 avril 1923 à Kyoto et meurt le 17 mars 2016 à Fontenay-aux-Roses, un mois avant son 93e anniversaire. Titulaire du 9e dan du Kôdôkan (ceinture rouge), expert mondialement reconnu de judo au sol, il aura consacré plus de soixante ans à bâtir, encadrer et faire grandir le judo en France.

Une jeunesse forgée au Japon

Awazu commence le judo à 10 ans, dans un lycée de Kyoto alors champion du Japon, où l'apprentissage est rude et l'échec mal toléré. Costaud pour son âge, il s'entraîne avec des partenaires plus grands et plus expérimentés. Les résultats suivent : ceinture noire à 13 ans, titre de champion du Japon par équipe à 15 et 16 ans, puis 6e dan à seulement 26 ans. Un parcours de haut niveau qui fait de lui un judoka accompli lorsqu'une rencontre va bouleverser sa vie.

1950 : l'arrivée en France

À cette époque, le judo français n'a pratiquement qu'une seule référence : Mikinosuke Kawaishi, souvent présenté comme le père du judo français. Vieillissant, Kawaishi cherche un assistant capable de porter la démonstration technique. C'est maître Kurihara, de la Butokukai de Kyoto, qui désigne le jeune Awazu. Il débarque à Marseille le 5 juillet 1950, accueilli par les ceintures noires locales.

Sa présentation au grand public est un coup de tonnerre. Le 21 octobre 1950, lors d'un gala resté célèbre au Vélodrome d'Hiver à Paris, Awazu affronte l'élite du judo français de l'époque. Il bat successivement Levannier, Martel, Belaud, Verrier, Roussel, Cauquil, Pelletier, Laglaine et Zin, ne concédant qu'un nul à Jean de Herdt. La salle est comble, la presse et la radio s'emparent de l'événement : le judo entre pour de bon dans la culture populaire française.

Le bâtisseur du judo français

Dès lors, Awazu devient l'assistant à temps plein de Kawaishi et un rouage essentiel de la direction technique du judo français. En 1953, il prend en main l'entraînement au Racing Club de France, où il enseignera jusqu'en 2014, à l'âge de 91 ans. Son influence dépasse vite le cadre d'un club : il conseille les petits clubs comme les internationaux, participe à la formation des arbitres et accompagne l'équipe de France.

C'est lui qui forme Henri Courtine et Bernard Pariset, les deux premiers Français à disputer les premiers championnats du monde de judo, à Tokyo en 1956, où Courtine décroche une médaille de bronze. Son enseignement contribue aussi à la victoire française aux premiers championnats d'Europe, en 1951. En quelques années, le nombre de licenciés explose dans le pays.

Le maître du judo au sol

Si Awazu a marqué le judo français, c'est aussi par sa spécialité : le ne waza, le judo au sol, dont il était l'un des plus grands experts au monde, tout comme des katas et du travail en solitaire (tandoku renshu). À une époque où le judo debout dominait l'attention, il a transmis un art du sol précis et méthodique, qu'il consignera dans son ouvrage Méthode de judo au sol, publié en 1963. Une école qui irrigue encore la pratique et se travaille dès le judogi bien noué.

Un passeur de culture et de valeurs

Au-delà de la technique, Awazu incarnait les valeurs du Japon traditionnel : calme, rigueur, humilité, détermination. Ses proches le décrivent comme discret, patient et toujours disponible, autant pour les champions que pour les débutants. Il fait partie de ceux qui sont à l'origine du code moral du judo tel qu'il est transmis en France, ce socle éthique qui accompagne aujourd'hui chaque licencié.

On lui doit aussi, à travers l'héritage de Kawaishi, l'esprit de la progression pédagogique par grades qui a rendu le judo accessible en Occident, le système des ceintures de couleur que tous les judokas connaissent.

Distinctions et héritage

La France et le Japon ont tous deux honoré Shozo Awazu. Il est fait chevalier de la Légion d'honneur en 1999 et décoré de l'Ordre du Soleil levant par l'empereur du Japon. Au Racing Club de France, le grand dojo de la section judo porte son nom. En 2023, pour le centenaire de sa naissance, un hommage lui est rendu à la Maison de la culture du Japon à Paris.

Interrogé un jour sur le moment où il rangerait son kimono, il répondait en souriant qu'il ne le ferait jamais, tant le judo faisait partie de sa vie. C'est cet esprit que l'on retrouve dans chaque club et sur chaque tatami, et qui continue de guider les judokas français.

FAQ : Shozo Awazu

Qui était Shozo Awazu ?

Un maître de judo japonais, 9e dan, arrivé en France en 1950 pour épauler Mikinosuke Kawaishi. Il est considéré comme l'un des pères du judo français, qu'il a contribué à développer pendant plus de soixante ans.

Qu'a apporté Awazu au judo français ?

Il a formé des générations de judokas et de champions, dont Henri Courtine et Bernard Pariset, participé à la formation des arbitres, diffusé une expertise unique du judo au sol et transmis les valeurs éthiques de la discipline.

Quelle était la spécialité de Shozo Awazu ?

Le ne waza, le judo au sol, dont il était un expert mondialement reconnu, ainsi que les katas. Il a publié une Méthode de judo au sol en 1963.

Awazu a-t-il été décoré ?

Oui. Il a été fait chevalier de la Légion d'honneur en 1999 et a reçu l'Ordre du Soleil levant du Japon. Le grand dojo de judo du Racing Club de France porte son nom.

Histoire du judoJudoJudo françaisPeoplePersonnage historiqueShozo awazu