Sur sa tombe, au sud de Paris, une seule mention : « Fondateur du judo français ». Avant lui, le judo n'était en France qu'une curiosité réservée à quelques initiés. Après lui, c'est devenu l'un des sports les plus pratiqués du pays. Mikinosuke Kawaishi n'a pas seulement enseigné le judo aux Français : il a inventé une manière de le leur transmettre. Spécialiste des arts martiaux à Toulouse depuis 1996, on lui doit, sans toujours le savoir, jusqu'à la couleur des ceintures que portent les enfants au premier cours.
Voici le portrait de l'homme qui a fait naître le judo français, dans la lignée du fondateur Jigoro Kano.
Mikinosuke Kawaishi en quelques repères
Mikinosuke Kawaishi naît le 13 août 1899 à Himeji, au Japon, et meurt le 30 janvier 1969 en France. Titulaire du 10e dan de la Fédération française et du 7e dan du Kôdôkan, il est considéré comme le pionnier et le père du judo en France, celui qui l'a implanté, structuré et rendu accessible à des générations de pratiquants occidentaux.
Un parcours entre le Japon, les États-Unis et l'Europe
Formé au jiu-jitsu à l'école du Dai Nippon Butokukai au Japon, Kawaishi quitte son pays dans les années 1920 pour enseigner les arts martiaux à l'étranger. Il passe d'abord par les États-Unis, puis par la Grande-Bretagne à partir de 1931, où il enseigne notamment au Budokwai de Londres, fonde un club à Liverpool et intervient à l'université d'Oxford. C'est à Londres qu'il obtient son 3e dan.
En octobre 1935, alors 4e dan, il arrive en France, un pays où le judo peine encore à s'imposer malgré quelques tentatives. Il va y consacrer le reste de sa vie.
La naissance du judo français
En juillet 1936, Kawaishi crée le Club Franco-Japonais à Paris et y accueille ses premiers élèves. Autour de lui se rassemblent les pionniers du judo français, souvent des intellectuels et des chercheurs. Il prend la direction technique du Jiu-Jitsu Club de France et fédère peu à peu une discipline naissante. Malgré un caractère jugé autoritaire, il impose sa vision et devient l'autorité incontestée du judo dans le pays pendant de nombreuses années.
La guerre l'oblige à regagner le Japon en 1944. Il confie alors la direction du judo français à ses élèves, avant de revenir après le conflit poursuivre son œuvre. Le nombre de pratiquants passe d'une poignée avant-guerre à plusieurs dizaines de milliers dans les années 1950.
La méthode Kawaishi

La grande idée de Kawaishi, c'est la pédagogie. Là où l'enseignement japonais reposait sur l'imitation et la répétition, il conçoit une méthode adaptée à l'esprit occidental : une nomenclature claire, une classification numérotée des techniques, une progression logique. Cette méthode Kawaishi, longtemps la référence en France, a rendu le judo enseignable et reproductible à grande échelle.
On lui doit aussi l'adaptation d'une innovation qui nous paraît aujourd'hui évidente : le système des ceintures de couleur. Au Japon, on ne connaissait guère que la ceinture blanche et la ceinture noire. En reprenant et en diffusant les grades intermédiaires colorés, Kawaishi a donné aux élèves des étapes concrètes, une motivation et une lisibilité de la progression qui font encore le quotidien de chaque club de judo.
Un héritage immense

Kawaishi laisse plusieurs ouvrages, dont Ma méthode de judo, publié en 1951, longtemps étudié par les enseignants. Mais son véritable héritage est vivant : il tient dans les millions de licences délivrées depuis, dans la structure fédérale du judo français et dans la façon même dont on apprend à chuter, à saisir et à progresser sur un tatami. Le maître Shozo Awazu, venu du Japon en 1950 pour l'épauler, prolongera son œuvre pendant plus d'un demi-siècle.
Reprendre un judogi et nouer sa ceinture, aujourd'hui en France, c'est encore, d'une certaine manière, suivre le chemin que Kawaishi a tracé.
FAQ : Mikinosuke Kawaishi
Pourquoi Kawaishi est-il appelé le père du judo français ?
Parce qu'il a implanté durablement le judo en France à partir de 1935, formé les premiers pratiquants, structuré la discipline et créé une méthode d'enseignement adaptée aux Occidentaux. La mention « Fondateur du judo français » figure sur sa tombe.
Qu'est-ce que la méthode Kawaishi ?
Une pédagogie fondée sur une nomenclature claire et une classification numérotée des techniques, pensée pour rendre le judo accessible et enseignable en Occident. Elle a longtemps servi de référence en France.
Kawaishi a-t-il inventé les ceintures de couleur ?
Il n'en est pas l'inventeur, mais il a repris et largement diffusé le système des ceintures de couleur intermédiaires, quasi inconnu au Japon, contribuant à en faire un standard mondial.
Quel grade avait Mikinosuke Kawaishi ?
Il était 10e dan de la Fédération française de judo et 7e dan du Kôdôkan.

