Quand on commence le judo, on découvre vite que cette discipline ne se résume pas à "faire tomber l'autre". Derrière chaque technique se cache une logique précise, un travail de placement, d'équilibre et de timing qui s'apprend pendant des années. Le Gokyo, c'est la grille de lecture que les fondateurs du judo nous ont laissée pour structurer cet apprentissage.
Dans ce guide, on passe en revue les grandes familles de techniques (nage-waza, ne-waza, katame-waza), le Gokyo officiel et ses 40 projections, et les principes biomécaniques qui les sous-tendent. Que vous soyez ceinture jaune ou marron, vous trouverez ici de quoi structurer votre vision du judo. Pour une remise en contexte, commencez par notre histoire du judo et notre article sur le code moral du judo.
Les trois grandes familles de techniques au judo
Le judo se décompose en trois grandes catégories techniques, qui correspondent à trois phases du combat.
Nage-waza : les techniques de projection (debout)
Les nage-waza regroupent toutes les techniques qui amènent l'adversaire au sol depuis la position debout. C'est la partie la plus visible du judo, celle qui produit les ippons spectaculaires en compétition. Elle se subdivise elle-même en :
- Te-waza : techniques de bras (seoi-nage, tai-otoshi, kata-guruma)
- Koshi-waza : techniques de hanche (o-goshi, harai-goshi, uchi-mata)
- Ashi-waza : techniques de jambe (de-ashi-harai, o-soto-gari, o-uchi-gari)
- Sutemi-waza : techniques de sacrifice (tomoe-nage, ura-nage)
Ne-waza et katame-waza : le travail au sol
Une fois au sol, le combat continue. Les katame-waza (techniques de contrôle) regroupent trois sous-familles :
- Osae-komi-waza : immobilisations au sol (kesa-gatame, yoko-shiho-gatame)
- Shime-waza : étranglements (hadaka-jime, okuri-eri-jime)
- Kansetsu-waza : luxations articulaires, principalement du coude (ude-garami, juji-gatame)
En compétition senior, les étranglements sont autorisés dès la ceinture verte et les clés de bras à partir de la ceinture marron. Les clés sur d'autres articulations que le coude sont interdites.
Qu'est-ce que le Gokyo ?

Le mot Gokyo signifie littéralement "cinq principes" ou "cinq enseignements". Élaboré au sein du Kodokan (l'école fondée par Jigoro Kano), le Gokyo classe les 40 techniques de projection de référence en cinq groupes de 8 techniques, organisés par ordre de difficulté croissante.
Le Gokyo actuel date de 1920, avec une révision en 1982 qui ajoute le Shinmeisho No Waza (17 techniques complémentaires reconnues). Voici la structure des cinq groupes.
Premier groupe (Dai Ikkyo) : 8 techniques fondamentales
Les techniques de base, accessibles dès les premières ceintures de couleur. On y retrouve de-ashi-harai (balayage du pied avancé), hiza-guruma (roue autour du genou), sasae-tsurikomi-ashi (blocage du pied par appui), uki-goshi (hanche flottante), o-soto-gari (grand fauchage extérieur), o-goshi (grande hanche), o-uchi-gari (grand fauchage intérieur) et seoi-nage (projection par-dessus l'épaule).
Deuxième groupe (Dai Nikyo) : techniques intermédiaires
On monte en difficulté avec kosoto-gari (petit fauchage extérieur), kouchi-gari (petit fauchage intérieur), koshi-guruma (roue autour de la hanche), tsurikomi-goshi (hanche par tirage), okuri-ashi-harai (balayage des deux pieds), tai-otoshi (renversement du corps), harai-goshi (hanche fauchée) et uchi-mata (cuisse intérieure).
Troisième groupe (Dai Sankyo) : techniques avancées
Avec ce groupe, on entre dans les techniques qui demandent un placement très précis : kosoto-gake, tsuri-goshi, yoko-otoshi, ashi-guruma, hane-goshi, harai-tsurikomi-ashi, tomoe-nage et kata-guruma.
Quatrième groupe (Dai Yonkyo) et cinquième groupe (Dai Gokyo)
Les deux derniers groupes regroupent les techniques de très haut niveau, souvent peu enseignées dans les premiers stades de progression : sumi-gaeshi, tani-otoshi, hane-makikomi, sukui-nage, utsuri-goshi, o-guruma, soto-makikomi, uki-otoshi, et pour le dernier groupe les classiques comme uki-waza, yoko-wakare, yoko-guruma, ura-nage et sumi-otoshi.
Les principes biomécaniques fondamentaux
Toutes les techniques du Gokyo reposent sur trois étapes biomécaniques que Kano a formalisées. Comprendre ces trois temps, c'est comprendre le judo.
1. Kuzushi : casser l'équilibre
Aucune projection n'est possible sans déséquilibre préalable. Le kuzushi consiste à déplacer le centre de gravité de l'adversaire en dehors de sa base d'appui, par traction, poussée, rotation ou combinaison. Il existe huit directions de déséquilibre fondamentales (les happo no kuzushi) que tout judoka apprend.
2. Tsukuri : la mise en place
Une fois le déséquilibre amorcé, le judoka doit placer son corps dans la bonne position par rapport à celui de son partenaire. C'est l'étape la plus technique : un tsukuri raté annule la projection, même si le déséquilibre était parfait.
3. Kake : l'exécution
L'application proprement dite de la technique : la projection finale qui amène l'adversaire au sol. Sans kuzushi ni tsukuri préalables, le kake demande énormément de force et ressemble plus à de la lutte qu'à du judo.
Trois techniques à maitriser en priorité
O-soto-gari : le grand fauchage extérieur
L'une des premières techniques apprises en club, et l'une des plus efficaces en compétition. Elle consiste à faucher la jambe avancée de l'adversaire vers l'arrière, en synchronisant un déséquilibre arrière. Simple sur le papier, redoutable quand elle est bien exécutée.
Seoi-nage : la projection par-dessus l'épaule
La technique-signature de nombreux champions, dont Toshihiko Koga ou plus récemment de plusieurs membres de l'équipe de France. Le seoi-nage demande une excellente vitesse d'entrée et un placement bas qui sollicite beaucoup les genoux : c'est une technique qui se travaille en uchi-komi quotidiennement.
Uchi-mata : la cuisse intérieure
La technique fétiche de Teddy Riner, qu'il décline à l'infini. L'uchi-mata est l'une des projections les plus spectaculaires du judo, mais aussi l'une des plus difficiles à placer correctement face à un adversaire de poids équivalent.
Comment progresser sur le Gokyo ?
Apprendre les techniques du Gokyo demande des années. Voici les principes qui fonctionnent réellement :
- Choisir 2 ou 3 techniques "tokui-waza" (techniques de prédilection) et les travailler en profondeur plutôt que de survoler les 40.
- Faire des uchi-komi quotidiens : la répétition à blanc, sans projection, ancre le geste dans la mémoire musculaire.
- Travailler les enchaînements (renraku-waza) : une technique seule réussit rarement. Combiner deux techniques (par exemple uchi-mata suivi de o-uchi-gari) multiplie les chances.
- Étudier les contre-techniques (kaeshi-waza) : savoir contrer une attaque, c'est doubler son arsenal défensif.
Le matériel pour bien travailler les techniques
Pour pratiquer correctement les nage-waza et ne-waza, le matériel a son importance. Un kimono trop léger ou trop court empêche les saisies correctes et fausse les sensations. Pour l'entraînement régulier et la compétition, consultez notre guide pour choisir son kimono de judo et notre guide kimono Mizuno.
Pour comprendre comment ces techniques sont notées en compétition, lisez notre article sur le comptage des points au judo. Et pour vous équiper, parcourez notre collection complète d'équipement judo.
Une question sur une technique ou un kimono adapté à votre niveau ? Notre équipe de pratiquants à Toulouse vous oriente avec plaisir.

