Devant le rayon armes de la boutique, c'est une scène récurrente : un grand-père vient acheter un bokken pour son petit-fils qui débute le kendo, un pratiquant d'eskrima cherche une paire de batons en rotin, un parent demande conseil pour un nunchaku en mousse pour son ado fan d'arts martiaux. Le point commun ? Personne ne sait toujours par où commencer, parce que l'univers des armes martiales est immense. Spécialiste des arts martiaux à Toulouse depuis 1996, on répertorie plus de 25 sous-rayons d'armes différentes, du katana japonais au kali philippin, en passant par les armes du Viet Vo Dao et les pistolets factices d'entraînement. Ce guide propose un tour d'horizon des grandes familles d'armes des arts martiaux : leur origine, leur usage, et comment choisir son premier matériel d'entraînement.
L'esprit du Budo : l'arme prolonge le corps
Quelle que soit la tradition, un principe traverse l'étude des armes en arts martiaux : l'arme n'est jamais une fin en soi. Au Japon, le terme Buki Waza désigne les techniques avec armes, et l'étude des armes anciennes s'appelle le Kobudo, littéralement la « voie martiale ancienne ». En Chine, dans la tradition du Wushu, les armes sont classées par milliers de styles différents, reflétant la diversité géographique et historique du pays.
Concrètement, cela veut dire que la pratique des armes ne se fait jamais sans la pratique à mains nues. Un débutant en aïkido travaille au moins un an de techniques à mains nues avant de toucher un bokken ou un jo. Un karatéka qui découvre le kobudo apporte déjà ses bases de coordination, de distance et d'engaçe. C'est ce qui fait la différence entre une pratique martiale et une simple manipulation d'objet.
Les armes japonaises : du samouraï aux paysans d'Okinawa
Les armes du samouraï (Koryu Budo)

Les armes des samouraïs ont traverse mille ans d'histoire militaire avant de devenir les supports d'étude des arts martiaux modernes comme le kendo, le iaïdo et le kenjutsu. Voici les principales que tu retrouves aujourd'hui dans les pratiques traditionnelles.
| Arme | Description | Usage |
|---|---|---|
| Katana | Sabre long courbe à simple tranchant, lâme d'environ 70 cm | Coupe, estoc, dégainage rapide en iaïdo et kenjutsu |
| Wakizashi | Sabre court, porté avec le katana | Combat rapproché, technique à deux sabres (Niten Ichi Ryū) |
| Tanto | Couteau/dague traditionnel | Défense rapprochée, port discret |
| Yari | Lance japonaise | Estoc à distance, maintien de la garde |
| Naginata | Arme d'hast à lame courbe | Balayages amples, fauchages, infanterie |
| Bokken | Sabre en bois reproduisant le katana | Entraînement sécurisé aux techniques de sabre |
| Shinaï | Sabre en lattes de bambou attachées | Combats de kendo en armure (bogu) |
Côté boutique, ces armes se répartissent sur plusieurs rayons spécialisés : la collection katana regroupe les sabres de coupe, décoratifs et de collection, la collection iaïto les sabres d'entraînement non affûtés pour le iaïdo et le kendo, la collection bokken les sabres en bois pour les kata et l'aïkido, et la collection armes de kendo les shinaï et armures bogu pour le combat sportif. Pour aller plus loin sur l'histoire de cette discipline, l'article sur l'histoire du kendo retrace l'évolution du sabre japonais des koryu aux compétitions actuelles.
Les armes du Kobudo d'Okinawa
Quand le shogunat a interdit le port du sabre aux habitants d'Okinawa au XVIIe siècle, les paysans de l'île ont développé leur propre arsenal à partir d'outils agricoles transformés en armes de défense. C'est l'origine du Kobudo, indissociable de l'histoire du karaté d'Okinawa.
| Arme | Description | Outil d'origine |
|---|---|---|
| Bō | Bâton long d'environ 1,80 m | Perche de transport |
| Sai | Tridents métalliques par paire | Fourche agricole |
| Tonfa | Bâton court à poignée latérale | Manivelle de meule |
| Kama | Faucille à lame courbe | Faucille de moisson |
| Nunchaku | Deux bâtons liés par une chaîne ou corde | Fléau à battre le grain |
Ces armes sont aujourd'hui pratiquées dans les clubs de karaté traditionnels et de kobudo. La collection armes de kobudo regroupe l'ensemble des armes d'Okinawa, et les accessoires karaté incluent les armes adaptées à la pratique scolaire. Pour comprendre comment ces armes s'inscrivent dans l'histoire plus large du karaté, l'article sur l'histoire du karaté et ses différentes formes apporte un contexte utile.
Les armes chinoises : la diversité du Wushu
La tradition chinoise distingue dix-huit armes classiques regroupées en trois grandes familles selon leur usage et leur côté mécanique.
| Arme | Famille | Usage |
|---|---|---|
| Gun (bâton) | Arme longue | « Grand-père » des armes, base de l'entraînement |
| Qiang (lance) | Arme longue | « Reine des armes », estoc rapide, manche souple |
| Jian (épée droite) | Arme courte | Double tranchant, associée au Tai Chi Chuan |
| Dao (sabre) | Arme courte | Simple tranchant, coupes puissantes, style Shaolin |
| Bian (fouet) | Arme souple | Frappes en contournement, vitesse |
| San Jie Gun | Arme articulée | Bâton à trois sections, polyvalence |
Les armes chinoises sont réunies dans la collection arme Kung-Fu, Tai Chi Chuan et Qi Gong, qui couvre aussi bien les épées de Tai Chi en métal souple que les éventails et les bâtons de Shaolin.
Les armes philippines : kali, eskrima et arnis

Les arts martiaux philippins, regroupés sous les noms de Kali, Eskrima ou Arnis (selon les régions), placent l'arme au cœur de l'apprentissage dès le premier cours. Contrairement aux traditions japonaise ou chinoise, on apprend les techniques d'abord avec une arme, puis seulement plus tard à mains nues.
Trois outils dominent : le baston, bâton court en rotin (60 à 75 cm) souvent utilisé par paire, qui constitue l'arme d'entraînement principale. Le karambit, couteau en forme de griffe à manche à anneau, redoutable pour le crochetage et le contrôle. Et l'espada y daga, technique combinant une lame longue dans une main et un couteau dans l'autre, qui développe la coordination ambidextre. Tous ces équipements se retrouvent dans la collection Kali, Eskrima, Arnis et Canne, qui inclut les batons en rotin, les housses de transport et les couteaux d'entraînement en mousse.
Corée, Vietnam, Japon ninja : les autres traditions
Au-delà des grands trios Japon, Chine, Philippines, plusieurs traditions martiales asiatiques développent leur propre arsenal.
Le Hapkido coréen utilise notamment le Dan Bong, un bâton court d'environ 35 cm tenu en main pour appliquer clés articulaires et points de pression. Le Viet Vo Dao, art martial vietnamien, dispose d'un arsenal complet allant du sabre au bâton long, regroupé dans la collection arme Viet Vo Dao. Le Yoseikan Budo, système moderne synthétique, combine des armes issues de plusieurs traditions et propose ses propres outils d'entraînement dans la collection arme Yoseikan Budo.
Et puis il y a le Ninjutsu, l'art secret des ninjas, avec son arsenal spécifique : shuriken (étoiles de lancé), kunai, manrikigusari (chaîne lestée), et des versions originales de bokken, sai et kama. La collection armes Ninjutsu rassemble une cinquantaine d'équipements pour cette discipline qui a connu un renouveau d'intérêt avec la culture populaire japonaise.
Focus sur le nunchaku : du fléau paysan à l'icône mondiale

Le nunchaku mérite une section à part : c'est sans doute l'arme d'arts martiaux la plus célèbre dans le monde, et c'est aussi celle qui suscite le plus de questions en boutique.
Originaire d'Okinawa, le nunchaku est à l'origine un fléau agricole servant à battre le grain. Quand les paysans de l'île ont été privés d'armes, ils ont détourné cet outil en arme de défense. Sa popularité mondiale vient de Bruce Lee, qui l'a magnifié à l'écran dans les années 1970 et l'a transformé en symbole des arts martiaux.
Sa particularité technique est d'être articulé : deux sections de bois reliées par une corde ou une chaîne. Cette articulation permet de contourner les blocages adverses et de générer une énergie cinétique très élevée. C'est aussi ce qui rend l'arme dangereuse à manipuler pour un débutant, qui se frappe régulièrement lui-même avant d'acquérir la coordination nécessaire. Pour s'initier sans casse, les modèles en mousse ou en plastique souple sont indispensables. La collection nunchaku propose tous les formats : bois, mousse, chaîne, corde, pour les enfants comme pour les compétiteurs.
Les armes de self-défense modernes
Au-delà des armes traditionnelles, le rayon armes inclut une famille à part : les outils spécifiquement dédiés à la self-défense et à l'entraînement réaliste.
Les pistolets et fusils factices d'entraînement, en plastique ou en caoutchouc, servent à simuler des scénarios de menace dans les cours de Krav Maga ou de self-défense policière. Les battes de base-ball en mousse permettent de travailler les équations face à un agresseur armé d'un objet contondant. Les yawara, koga et kubotan, petits bâtons de poing entre 12 et 15 cm, permettent d'appliquer des points de pression et démultiplient la force de frappe à main nue. Le tonfa, l'une des armes du kobudo, a été adopté sous une version moderne (PR-24) par les forces de police de nombreux pays comme outil de contrôle non létal.
Pour les pratiquants qui souhaitent un panorama complet de la self-défense, la collection équipements self-défense regroupe l'ensemble des équipements (armes, protections, ouvrages techniques).
Comment choisir son arme d'entraînement
Pour un débutant, le choix du matériau de l'arme compte presque autant que le choix de l'arme elle-même. Voici les repères qu'on donne en boutique selon le profil.
Pour les enfants et premier achat : mousse ou plastique souple. C'est le cas pour les nunchaku enfants, les batons d'eskrima en mousse, les sabres en plastique. Aucune blessure possible, manipulation libre.
Pour la pratique en club (adulte débutant) : bois standard. Pour un bokken, viser un modèle en hêtre ou en chêne blanc, dans le milieu de gamme. Trop bon marché, le bois éclate aux premiers chocs ; trop haut de gamme, on n'utilise pas les qualités du bois. Pour un baton d'eskrima, le rotin reste la référence (souple, encaisse bien, léger).
Pour le pratiquant confirmé : bois nobles ou métal d'entraînement. Les bokken en chêne rouge japonais ou en bois exotique sont plus denses, plus précis dans la coupe. Le iaïto, en alliage non affûté, reproduit exactement le poids et l'équilibre d'un katana pour le travail des kata.
Pour la compétition ou la démonstration : matériel spécifique homologué par la fédération concernée (shinaï de kendo homologué par la FFJDA, nunchaku de compétition selon les règlements WUKF). Demander conseil au club avant d'acheter.
Pour les armes anciennes ou de coupe réelle (tameshigiri) : réservées aux pratiquants confirmés avec un encadrement, et soumises à la réglementation française des armes de catégorie D.
Pour aller plus loin
Plusieurs ressources approfondissent les sujets évoqués dans ce guide. Côté histoire, l'article sur l'histoire du kendo couvre l'évolution du sabre japonais, et l'article sur l'histoire du karaté retrace l'origine du kobudo. Pour le contexte plus large du rôle des armes dans les arts martiaux modernes, le portrait de Bruce Lee aborde leur dimension culturelle. Côté équipement, la collection complète d'armes de combat et d'entraînement regroupe les 348 produits disponibles, et la collection Budo Editions propose les ouvrages de référence sur chaque tradition.
En pratique
Le rayon armes peut intimider par sa diversité, mais la règle est en réalité simple : on choisit son arme en fonction de sa discipline et de son niveau, pas l'inverse. Un karatéka commence le kobudo avec un bô ou un nunchaku, un kendoka avec un shinaï, un pratiquant d'eskrima avec une paire de batons en rotin. Pour le matériau, on évolue progressivement de la mousse au bois standard puis au bois noble. Et on n'achète jamais une arme qu'on ne saura pas utiliser : sans encadrement, même un bokken est un objet dangereux. C'est là que l'équipe en boutique peut aider, en posant les bonnes questions sur le club, le niveau et l'usage avant de conseiller un modèle précis.
Questions fréquentes sur les armes des arts martiaux
Quelle est la différence entre un katana et un bokken ?
Le katana est un sabre japonais affûté à lame en acier, réservé aux pratiquants confirmés (parfois soumis à la réglementation des armes de catégorie D). Le bokken est sa version en bois, sans tranchant, utilisée par les débutants comme par les ceintures noires pour l'apprentissage des kata, le travail à deux et l'aïkido. Entre les deux, le iaïto reprend la forme exacte du katana avec une lame en alliage non affûté.
Le nunchaku est-il légal en France ?
Le nunchaku est classé arme de catégorie D en France, c'est-à-dire vente libre aux personnes majeures. En revanche, son port ou transport sans motif légitime (entraînement en club, compétition, démonstration) sur la voie publique peut être pénalement répréhensible. Pour l'entraînement à domicile ou en salle, aucune restriction.
Quel âge pour commencer les armes en arts martiaux ?
Cela dépend de l'arme. Les bokken, jo et batons d'eskrima en bois standard sont accessibles dès 8-10 ans en club encadré. Le nunchaku et les armes articulées demandent plus de coordination, on les conseille plutôt à partir de 12-14 ans, idealement en commençant par les modèles en mousse. Le katana affûté et les armes métalliques sont réservées aux pratiquants adultes confirmés.
Faut-il un permis pour pratiquer le sabre japonais ?
Non, aucun permis n'est requis pour la pratique du iaïdo, du kendo ou du kenjutsu en club. Les iaïto et bokken sont en vente libre. Seuls les katana de coupe réelle (tameshigiri) sont soumis à la catégorie D : vente libre aux adultes mais traitement encadré et stockage sécurisé. La licence de votre fédération (FFJDA pour le kendo et ses disciplines associées) suffit pour pratiquer en club.
Comment entretenir une arme en bois ?
Un bokken ou un jo s'entretient simplement : essuyer après chaque séance pour retirer la sueur, huiler tous les deux à trois mois avec une huile naturelle (huile de camellia traditionnellement, huile de lin à défaut) pour préserver le bois et éviter les fissures. Stocker à l'abri de l'humidité et des fortes variations de température. Un bokken bien entretenu peut durer toute une vie de pratique.

